• Ch 5 : L'orage

    Le lendemain matin, nos deux voyageurs se réveillèrent au milieu des buissons. L'orage n'avait pas éclaté pendant la nuit et les nuages étaient encore assez loin à l'ouest.

    Michael se leva, s'étira et prit une grande bouffée d'air frais. Le soleil venait tout juste de dépasser l'horizon et sa lumière contrastait avec le ciel couvert à l'ouest. Il faisait encore frais, et le vent commençait à se lever, contrairement au temps chaud de la veille.

    Vrahïngué semblait toujours de bonne humeur. En effet, Michael craignait que le jeune garçon ne finît par regretter d'être parti si loin de chez lui.

    « M'est avis que l'orage sera pour aujourd'hui, lança l'Antalarien.

    – Je pense aussi » acquiesça Michael.

    Vrahïngué disait ne pas connaître la région, mais il était malgré tout un précieux guide, car même sans connaître la géographie précise des lieux, il savait tout ce qui concernait le pays d'une manière générale, comme le climat, en l'occurrence, mais Michael savait également qu'il s'intéressait aux plantes et aux animaux, et tout particulièrement les oiseaux.

    Ils prirent à peine le temps de déjeuner ce matin-là et prirent la route rapidement. Mieux valait en profiter tant qu'ils avaient encore force et courage. Car Michael ne doutait pas que ces deux qualités pourraient venir à manquer, du moins dans le cas de la force. Antalar semblait assez peu peuplé, et qui savait combien de temps on pouvait marcher sur ses terres sans jamais croiser qui que ce fût ? Le ménestrel avait déjà eu beaucoup de chance de croiser Vrahïngué dès son arrivée au Royaume Vert.

    « Au fait, demanda soudain Michael, y a-t-il un roi ou une reine, ici ? Je veux dire, chez nous nous appelons également Antalar « le Royaume Vert », c'est pourquoi je me demandais s'il s'agissait d'un royaume au sens littéral.

    – Pas pour autant que je sache. Il y a de puissants seigneurs, que l'on dit aussi magiciens, mais je ne crois pas que « seigneur » ait exactement le même sens ici qu'au Royaume de Bois-Doré, n'est-ce pas ? Enfin, vous comprendrez mieux lorsque nous en croiserons, car ce sont eux que vous cherchez, non ?

    – Oui, enfin, je crois. Mais dis-moi, tu as l'air d'en savoir plus que tu ne le prétends à propos de mon pays.

    – J'en sais ce que mes parents m'en ont appris. Nous vivions près de la frontière (j'y vis d'ailleurs toujours), et mes parents y sont allés plusieurs fois.

    – Je vois, mais toi, n'y es-tu jamais allé ? »

    Vrahïngué secoua la tête.

    « Je n'ai jamais osé, mais peut-être me ferez-vous visiter après votre voyage ici ? sourit-il.

    – Eh bien, allons jusqu'au bout de l'idée, je t'y emmènerai volontiers. Et ensuite peut-être irons-nous faire le tour du monde, pourquoi pas ? Mais il sera toujours temps d'y réfléchir.

    – Tout à fait ! Cela me plairait bien, en tout cas.

    – A moi aussi. »

    Sur ces paroles, ils se turent, et Michael se demanda quel pays il aimerait visiter en premier, en dehors d'Antalar, bien sûr. Il s'aperçut qu'il n'en savait rien, mais comme il l'avait dit lui-même, il serait toujours temps d'y réfléchir.

    La matinée passa très vite, et en même temps, le vent se fit de plus en plus fort et les nuages se rapprochèrent. Au début de l'après-midi, la pluie commença à tomber. De fines gouttelettes tout d'abord, puis de plus en plus fort et surtout de plus en plus froid.

    Alors que la pluie se transformait en déluge, Michael et Vrahïngué cherchèrent vainement du regard un abri dans la plaine, mais le ciel couvert et l'eau dans leurs yeux ne leur permettaient pas de voir aussi loin et aussi nettement qu'ils l'auraient souhaité. Ils continuèrent donc à avancer aussi vite que possible sans glisser sur l'herbe mouillée, leur paquetage au-dessus de la tête pour essayer de se protéger ne fût-ce que le visage.

    CH5-L'orage-Montage et dessin MJKoP77

    Bientôt leurs vêtements furent tellement trempés qu'ils auraient pu n'en pas porter et s'en trouver aussi bien. Le vent leur glaçait les os, et ils commençaient à entendre les roulements du tonnerre sur leur droite. Et toujours aucune solution de repli en vue.

    Michael se concentra sur sa marche pour ne pas se soucier du froid et de l'humidité. Il commençait à avoir mal aux bras à force de tenir son paquetage au-dessus de sa tête, mal aux pieds et aux jambes à force de marcher et mal aux dents à force de les claquer. Mais il tentait de n'y pas prêter attention, et concentrait surtout son attention sur l'endroit où il posait les pieds.

    En fin d'après-midi, il semblait déjà faire nuit, mais pourtant le soleil devait bien être quelque part derrière ces épais nuages noirs. La plaine s'étendait toujours à perte de vue – du moins pour autant que le ménestrel pût en juger avec la pluie qui continuait à tomber dru, manifestement sans jamais avoir l'intention de s'arrêter.

    Il faisait si beau hier, comment diable le temps peut-il changer aussi radicalement !

    Au Royaume de Bois-Doré, le climat n'était pas si changeant, il était même assez égal au cours d'une même saison, et changeait progressivement entre deux, mais très rares étaient les modifications si violentes. Michael ne demanda cependant pas à l'Antalarien si ce changement était normal, car il ne l'aurait probablement pas entendu avec tout le chaos sonore qui régnait. Une armée au galop aurait pu approcher par derrière sans que personne ne l'entendît arriver ! Et même par devant d'ailleurs, puisque l'on ne voyait guère plus loin que le bout de son nez.

    Soudain, Vrahïngué lui tapota l'épaule. Sursautant, Michael se tourna vers lui. Le jeune garçon lui désignait quelque chose sur leur gauche en criant. Le ménestrel ne comprit pas ce qu'il disait mais regarda dans la direction indiquée. Il eut beau se concentrer, il ne vit rien de particulier. Néanmoins, son compagnon semblait décidé, aussi Michael lui emboîta-t-il le pas.

    Vrahïngué le conduisit près d'un gros rocher qui s'élevait à plusieurs mètres au-dessus d'eux. Les deux voyageurs se plaquèrent contre la paroi de façon à se protéger du vent et de la pluie. Le sol était presque aussi trempé qu'eux, mais ils se sentaient toujours plus à l'abri qu'en plein milieu de la plaine et des bourrasques qui manquaient chaque fois de les emporter dix mètres plus loin.

    Michael s'assit, posa les bras sur ses genoux et la tête sur ses bras et, le paquetage encore sur le dos, il s'endormit presque aussitôt, exténué. Juste avant de sombrer, il lui sembla que Vrahïngué faisait de même.

     

     


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