• Ch 7 : Le château de Darsélïm

    La visite du château de Darsélïm dura un temps infini. Michael observait ce que lui désignait le Seigneur des lieux avec politesse, mais sans beaucoup d'intérêt. Il prêta néanmoins attention à tout ce qui pouvait ressembler à de la magie, mais ne releva rien de particulier en dehors des cheminées que lui avait montrées Vrahïngué. Ce dernier semblait d'ailleurs, tout à l'inverse du ménestrel, plus intéressé par l'architecture et la décoration que les éléments surnaturels.

    Le Royaume de Bois-Doré n'était lui-même pas dépourvu de magie, puisque les habitants du Duché de Brise-Nacrée possédaient tous un pouvoir magique, mais Michael était curieux de voir si la magie se manifesterait ici de la même manière qu'en Brise-Nacrée.

     

    Il se souvenait avoir donné un jour une représentation au château de Hartajy, chez la Duchesse de Brise-Nacrée. Le public se composait presque exclusivement de Brise-Nacrins, et il avait assisté ce soir-là à une grandiose – tout du moins pour lui – démonstration de magie : certains pratiquaient une forme mineure de télékinésie et se servait à boire et à manger sans lever le petit doigt ; d'autres parvenaient à s'élever au-dessus de la foule, voire à passer au travers ; d'autres encore jouaient des tours à leurs voisins en faisant apparaître des mets illusoires. Bien sûr, tous ne pouvaient pas faire étalage de leurs pouvoirs de cette manière, comme la Duchesse elle-même par exemple. Le ménestrel avait entendu dire qu'elle était capable de communiquer avec les animaux.

    Le reste du Royaume n'était pas non plus dépourvu de magie, dans un certain sens : les habitants du Duché de Bois-Doré étaient protégés par des dieux et ceux de Pierre-d'Argent possédaient non pas des pouvoirs mais des dons, c'est-à-dire d'une capacité extrêmement développée. Le Duc Djèndély avait ainsi le don du maniement de l'épée, et sa fille Karidyae celui du chant. C'était d'ailleurs pour cette raison que Michael avait pris pour lieu de référence le château de Sertalya, car il avait beaucoup travaillé le chant et la musique avec la fille du Duc. Son propre don pour le chant était plus développé que celui de Karidyae, mais pas de beaucoup. Ils avaient donné à eux deux de magnifiques concerts lors des Solstices et des Equinoxes.

    La nostalgie s'empara du ménestrel. Son pays lui manquait. Non pas qu'il n'aimât pas Antalar, mais ce pays étrange et sauvage le tenait toujours sur ses gardes, et les jours derniers avaient été relativement éprouvants. Il aspirait à un repos calme et tranquille dans son Royaume, si bien géré par le Roi Saïlytiam et la Reine Zykfaltae.

    Finalement, le fait que le château de Darsélïm ressemblât à ceux de Bois-Doré n'était pas si mal. Et peut-être le concert prévu le soir-même lui redonnerait-il le moral.

    Michael émerga de ses pensées lorsque Vrahïngué lui tapota l'épaule.

    « Hé oh ! Tu m'entends ?

    – Pardon ? Ah, oui, bien sûr, qu'y a-t-il ?

    – Je disais que nous ferions bien de suivre les conseils du Seigneur de Darsélïm.

    – Euh… Quels conseils ?

    – Il disait que nous pouvions déposer nos affaires ici, aller prendre un bain si nous le souhaitions et qu'ensuite il serait bon de faire tes préparatifs pour chanter ce soir.

    – Ah oui, évidemment.

    – Tu es sûr que ça va ? »

    Michael hocha la tête distraitement. Il avait à peine remarqué que Vrahïngué le tutoyait à présent.

    « Bon, alors j'y vais. Ma chambre est juste à côté de la tienne, si tu as besoin. »

    Le jeune garçon sortit sans attendre de réponse.

    Le ménestrel jeta un regard circulaire sur la pièce dans laquelle il se trouvait. Il sourit en voyant comme le Seigneur de Darsélïm avait adapté l'architecture bois-dorienne à un mode de vie antalarien.

    De grandes tapisseries couvraient les hauts murs de pierre. Elles représentaient des paysages antalariens, depuis les étranges forêts comme celle qu'il avait traversé à son arrivée au Royaume Vert jusqu'aux déserts du sud – du moins présumait-il que les déserts se situaient au sud. Le tout composait une atmosphère très étrange, à la fois épaisse, sombre et nue, sèche.

    Le lit, à même le sol, était composé de ce qui semblait être de l'herbe fraîchement coupée recouverte d'un drap blanc. Un voile aux différentes nuances de jaunes et de oranges l'encadrait, comme un baldaquin, mais était suspendu au plafond à un crochet de bois. Une légère brise provenant des fenêtres sans volets le faisait onduler.

    Sur sa gauche se trouvait une table ronde qui possédait un unique pied au centre et dont le plateau, d'un diamètre d'au moins un mètre cinquante, était en fait la tranche d'un tronc d'arbre. Michael ne sut dire de quel arbre il pouvait bien s'agir, mais il était impressionné par la taille que cet arbre devait avoir de son vivant.

    Ch 7 : Le château de Darsélïm

    « Il est toujours vivant, vous savez. »

    Le ménestrel sursauta et fit volte-face. Le Seigneur de Darsélïm se tenait dans l'encadrement de la porte.

    Décidément, les Antalarien avait pour coutume de surprendre leurs hôtes.

    « Je… Je vous demande pardon ? » fit Michael d'une voix hésitante.

    Darsélïm sourit.

    « Vous m'avez bien entendu. »

    Il s'approcha de la table et passa le bout de ses doigts sur le bois que Michael vit presque frémir.

    « Mais… Pourquoi me dites-vous cela ? »

    L'Antalarien sourit encore une fois.

    « Tu es de Bois-Doré. Tu ne connais pas les arbres d'Antalar. »

    Michael resta songeur. Darsélïm reprit après un instant :

    « Ceux-ci ne poussent qu'au sud de ces contrées. Ils n'ont rien à voir avec ceux de votre Royaume. »

    Ce fut à son tour de rester pensif, et le ménestrel n'osa pas ouvrir la bouche.

    « Bien ! s'exclama soudain le Seigneur de Darsélïm. Il est temps pour vous de revoir votre chant si vous en avez besoin, vous n'oubliez pas que j'attends avec impatience que vous me contiez ce soir les ballades du Royaume de Bois-Doré ! »

    Il se dirigea à grands pas vers la porte.

    « A ce soir, cher ami bois-dorien ! »

    Et il sortit dans le couloir en fredonnant, tandis que Michael, perplexe, déposait ses affaires près du lit.

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